06.09.2015 / Article / Economie / ,

La prospérité et ses devoirs

Tous les politiques le savent et le disent : la Suisse est prospère. Je pense que ce privilège induit des devoirs envers ceux qui ne cueillent pas les fruits de cette prospérité, comme envers l’environnement dans lequel s’inscrit cette réussite.

Le réflexe est de penser qu’il faut d’abord penser à ceux chez nous, c’est-à-dire les suisses qui souffrent ou peinent à vivre correctement.

Ce réflexe est légitime, d’autant que l’on sous-estime les situations de précarité qui affectent nos compatriotes, notamment les personnes âgées qui n’ont que leur maigre rente AVS pour vivre ou les jeunes que l’on forme avant de les laisser découvrir qu’il n’y a pas de place pour eux et de les livrer aux vicissitudes des procédures de chômage ou même de l’aide sociale.

Il est donc impérieux et prioritaire de songer à une réforme visant à améliorer le sort des personnes âgées qui n’ont que leur rente AVS, par exemple par une réadaptation des rentes les plus faibles et par des allégements fiscaux appropriés.

Quant aux jeunes, au moins jusqu’à 25 ans, les devoirs des pouvoirs publics consistent à leur garantir un emploi.

Il est scandaleux qu’un Etat prospère comme la Suisse n’arrive pas à résoudre le problème du chômage des jeunes.

Les moyens sont là.

Un jeune au travail c’est la découverte d’une motivation. C’est le respect de sa dignité.

Un jeune au chômage, c’est l’oisiveté ou même le désespoir avec le cortège des effets collatéraux (maladie, drogue ou criminalité)

Un jeune au travail c’est aussi un contribuable de plus, plutôt qu’un assisté malgré lui.

Sachons, en relation partielle et probable avec cette question, que le suicide est la première cause de décès chez les jeunes adultes de 15 à 24 ans.

Tous les 4 jours un jeune attente à sa vie en Suisse.

C’est également chez les jeunes adultes que le chômage frappe le plus.

(En 2013 6% dans le canton deNeuchâtel qui détenait le record avec le Tessin.)

Je suis même d’avis que l’on devrait pouvoir éradiquer le chômage en Suisse et limiter aux malades aux personnes âgées ou aux situations de précarité particulières les mécanismes d’assistance.

Les chômeurs recensés en Suisse ne dépassent pas 150’000 personnes .

L’Etat central avec les cantons devraient être à même de proposer 2 à trois offres d’emploi aux personnes aptes au travail pour les nombreuses tâches d’intérêt public qui ne sont pas accomplies aujourd’hui.

Une politique incitative ( par la fiscalité par exemple) envers le secteur privé est concevable pour élargir l’offre et prendre en partie le relais.

Une telle solution devrait pouvoir être « autofinancée » grâce à la suppression des cotisations et des prestations de l’assurance chômage sans compter sur les rentrées fiscales découlant des emplois créés.

Est-il égoïste d’évoquer les situations précaires de notre pays alors que l’actualité nous confronte à l’horreur de la guerre et au drame qui frappe des populations entières d’émigrés en quête de paix ou de mieux-être ?

Je ne le crois pas.

Le souci des pauvres gens de chez nous ne doit pas être opposé au souci de gens encore plus pauvres.

La Suisse n’existe pas seule. L’environnement international de La Suisse est à respecter.

Notre pays doit certes sa prospérité à la stabilité de ses institutions à une habitude du travail bien fait, et à une certaine discipline aussi.

Mais nous sommes conscients que sa position de neutralité l’a préservée de troubles graves et a ainsi contribué à une certaine pérennisation de son bien-être et de son développement.

Comme le disait Letizia Bonaparte née Ramolino au sujet des victoires de son fils Napoléon, « pourvu que ça dure ».

Ces dernières années la planète éclate en une sorte de Big Bang politique.

Les conflits et la pauvreté déchirent les frontières et enclenchent des mouvements migratoires qui ne peuvent étonner que ceux qui ont oublié de voyager dans le temps, dans l’esprit et dans l’espace.

Tellement bien dans la chaleur du foyer qu’on en oublie combien il peut faire froid dehors.

Des institutions helvétiques séculaires, considérées comme inébranlables se sont écroulées en quelque mois sous le regard sidéré incrédule et impuissant de la classe politique.

Le secret bancaire, clé de voûte de notre place financière s’est transformé et pacte de délation.

Sous la pression des réalités économique, la Suisse a dû rendre sa législation euro-compatible.

En bref, ceux qui rêvaient d’une Suisse autarcique ont dû se réveiller… Nous ne sommes plus seuls.

Alors oui aux accords bilatéraux.

Mais ces accords ne règlent rien au-delà des frontières européennes.

Nous ne pouvons faire preuve du même autisme à l’endroit du phénomène migratoire et surtout à l’endroit de ses causes.

Sous peine, d’avoir non pas à se réveiller d’un cauchemar, mais de le vivre !

Beaucoup n’ont pas encore pris la mesure de cette question et les solutions en cours doivent être repensées avec lucidité et courage.

Il y a les solutions du court terme que de simples considérations d’humanité commandent. Il n’est pas imaginable d’assister sans bouger au spectacle de la mort massive et quotidienne de pauvres gens chassés sur les routes chimériques de l’espoir d’une vie meilleure.

L’excuse que des passeurs voyous profiteraient de cette détresse ne peut servir de prétexte à l’inaction.

Ni le risque, au demeurant en bonne partie contrôlable, que des terroristes potentiels seraient mêlés aux migrants.

L’heure est grave. L’heure est donc au courage politique.

Il vaut mieux risquer des voix, en cette période d’élections, que de risquer des vies.

Personnellement j’aurais honte d’une élection qui soit entachée du sang de ceux qu’une action énergique aurait pu sauver.

La prospérité de la Suisse lui fait devoir de s’occuper des siens, certes, mais elle lui commande aussi de prendre sa part à l’effort collectif qui doit tendre, à court terme à l’interruption du drame en cours, et à plus long terme à un soutien dans le pays des migrants visant à lutter contre les causes de la migration.

Cette vision me paraît être simplement celle d’une Suisse intégrée dans le monde.

 

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